Ils pensaient qu’il riait d’eux autres. Pas vrai. Harper riait de tous les Canadiens – ceux qui aiment la culture aussi bien que les mécènes (comme son épouse Laureen) qui assistent aux galas pour financer les arts.
Son problème, c’est que pour les Québécois, la culture est une question d’identité, plus que simplement une série de spectacles divertissants. Ils ont mal pris ses farces plates.
Ils n’ont pas aimé non plus ses coupures de 40 millions de dollars dans les programmes culturels du fédéral.
Harper a payé le prix. Il est revenu au pouvoir avec seulement 10 sièges au Québec, pas un seul de plus qu’avant le 14 octobre. Ça lui a coûté une majorité.
Harper s’attendait à aller chercher de 10 à 15 sièges de plus au Québec. Ce sont ses adversaires jurés qui en ont profités, les Libéraux, qui ont passé de 11 à 14 députés dans la Belle Province, finissant en deuxième place, derrière le Bloc québécois, qui occupe 49 des 75 sièges du Québec.
Plutôt que de faire la paix avec le Québec, Harper a continué dans le même sens après les élections.
Lorsqu’il était question, au mois de décembre, d’une coalition libérale-néo-démocrate, appuyée par le Bloc, plutôt que d’attaquer directement la coalition en posant la question «qui veut de Dion comme Premier ministre? », Harper s’en est pris aux députés du Bloc, les traitant de «traîtres à la nation» sans droit «légitime» de siéger à Ottawa.
Ça pognait peut-être en Alberta. Ça pognait un peu moins au Québec.
Il y a longtemps que les Québécois acceptent la «légitimité» d’un parti souverainiste, peu importe leur allégeance.
Souvent, dans le reste du Canada, les termes souverainiste, indépendantiste, bloquiste, séparatiste, nationaliste, c’est du pareil au même.
Au Québec, il y a longtemps que les gens savent faire les distinctions qui s’imposent.
Harper faisait-il par exprès pour monter le Canada anglais contre le Québec pour discréditer la coalition Libéral-NPD? Ou est-ce qu’il était prêt à sacrifier ses appuis au Québec pour solidifier sa base en Alberta?
On se rappelle que, durant la campagne électorale, les Conservateurs se promenaient à Québec avec un camion publicitaire dénonçant les salaires des députés bloquistes, comme si les bloquistes avaient moins droit à un salaire que d’autres députés.
La chose la plus étrange, c’est qu’il y a quelques jours, Harper a nommé au Sénat Michel Rivard, anciennement du Parti Québécois, ainsi qu’une ardente nationaliste québécoise, Suzanne Fortin-Duplessis. Il n’était alors plus question de «traîtres» à la nation.
Le tout a laissé un mauvais goût dans la bouche de bien des Québécois, d’autant plus que Harper avait pris soin, avant les élections, de remplir son bureau du personnel d’anglophones, surtout des gens de l’Ouest canadien, ce qui peut aider à expliquer les sérieuses gaffes électorales commises au Québec.
C’est pourquoi au congrès du parti, à Winnipeg, après les élections, deux de ses ministres québécois les plus influents, Jean-Pierre Blackburn et Lawrence Cannon, ont suggéré la création d’une aile québécoise du parti, plutôt que de continuer à laisser les affaires du Québec dans les mains du bureau du Premier ministre.
Il y en a même un qui avait chuchoté : «On ne veut plus se faire ‘runner’ par une gang d’anglais dans le bureau du Premier ministre.»
Évidemment, les deux ministres ont utilisé des termes plus polis.
«Il y a beaucoup de mérite à cet argumentaire», a dit M. Cannon.
«Je pense que tout le monde est en réflexion à cet égard», a dit M. Blackburn.
Mais Harper n’était pas pour céder sa mainmise sur le Québec aussi facilement.
Cette semaine, il a nommé un tout nouveau groupe de francophones québécois à des postes d’organisation à l’intérieur de son bureau, conservant la mainmise de son bureau au Québec.
Reste à voir si ce sera un succès.
Ça va mal pour Harper au Québec
Les Québécois n’ont pas très bien digéré que Harper se moque des artistes et de la culture pendant la campagne électorale.
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