Prendre sa pilule

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Suzie Miron (Photo: Patrick Deschamps)

On entend partout que les Québécois font partie des plus grands consommateurs de médicaments en Amérique du Nord. Est-ce parce que nous acceptons de nous faire soigner et que c’est gratuit? Ou est-ce parce qu’on est plus malades?

Certains médicaments sont à la mode. Et d’avouer l’avoir essayé ou en parler ouvertement devient un sujet populaire. Par exemple, la petite pilule bleue de Viagra a fait fureur au cours de la dernière décennie. Par contre le Ritalin, pourtant très connu, a moins bonne presse et reste un sujet beaucoup plus tabou.

Il n’est pas facile d’admettre avoir besoin de prendre régulièrement une médication en raison d’un problème de santé. Un diabétique n’hésitera pas à s’injecter sa dose d’insuline, même en public. Car il sait que s’il ne le fait pas, les conséquences peuvent être désastreuses. Mais il est plus difficile d’assumer la prise d’un médicament afin de traiter un dérèglement chimique au cerveau.

Quand un enfant du primaire doit prendre son cachet de Ritalin pendant son heure de dîner au service de garde de l'école devant ses amis, vous pouvez imaginer sa gêne. Évidemment qu’il y a des effets secondaires à consommer n’importe lequel médicament, mais quand on sait que cela permet à nombre de jeunes de poursuivre leurs études et surtout à ne pas décrocher...

À l’heure de l’épuisement professionnel, du trouble de l’attention, de l’hyperactivité, de la bipolarité, de la dépression, le temps n’est-il pas venu d’ouvrir ses horizons et de cesser de mépriser ou de marginaliser les gens qui ont besoin de cette médication.

On dirait que tout ce qui touche les problèmes d’ordre neurologique est un sujet tabou. Déjà qu’il n’est pas facile d’accepter d’avoir à vivre avec ces problèmes de santé. L’entourage doit plutôt encadrer et supporter les proches atteints de ces différents désordres.

Au début du mois de novembre, Télé-Québec a diffusé une émission encore une fois très pertinente sur les enfants du Ritalin. Je vous invite à la visionner, car elle démystifie vraiment la mauvaise impression que laisse l'usage de ce médicament ou d'autres semblables. On y voit les témoignages de jeunes utilisateurs et de professionnels du milieu:

http://video.telequebec.tv/video/8909/que-sont-devenus-les-enfants-du-ritalinnbsp

Ça m'amène à vous partager que récemment, ma fille aînée étant rendue à une autre étape dans sa vie amoureuse, m'a fait part qu'elle souhaitait prendre « la pilule ». Sur le coup, j'avoue que j'ai figé. Ne savant pas trop comment s'y prendre, elle m'avait téléphoné du CLSC afin que j'aille la chercher.

Je ne savais pas qu'elle s'y était rendue après l'école pour avoir plus d'informations sur le sujet. En revenant, je lui demande ce qui ne va pas et comme elle tergiversait, je lui demande directement si elle a eu des relations avec son copain, si elle se sent prête et s'ils veulent prendre les moyens pour se protéger.

C'est alors qu'elle me déballe le tout, me demandant si je l'aime toujours. J'étais franchement désemparée, comme si je ne m'y attendais pas. En fait, je crois qu'on n’est jamais préparée à voir nos filles vieillir et s'épanouir, franchir des étapes qu'on se remémore tout d'un coup. On voudrait tellement qu'elles ne soient pas blessées et souhaiterait qu'elles reviennent toutes petites alors qu'on les berçait en leur chantant de douces chansons. Une autre pilule qu'il faut avaler.

Je suis quand même contente qu'elle m'en ait parlé. Peut-être suis-je une maman relativement cool après tout…

Suzie Miron

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