Selon ce que nous avons appris, de nombreux raccordements d'égouts pluviaux du secteur d'Anjou-sur-le-Lac et du parc industriel ont été déviés dans les dernières années.
« Il y avait à l'origine un connecteur qui passait sous la rue Jarry, un autre sous Bombardier et un troisième sous la rue Vauban. Les deux premiers arrivaient en tête du lac. Il y avait là un trop gros débit d'eau et cela entraînait des refoulements dans les sous-sols des résidences. On a donc muré la conduite sous la rue Jarry et construite une nouvelle conduite le long de l'autoroute 25 pour entraîner les eaux pluviales dans le nord du lac Anjou », laisse savoir Robert Généreux, directeur de l’aménagement urbain et des services aux entreprises de l'arrondissement d'Anjou.
En procédant ainsi, la Direction de l'environnement et du développement durable dresse un triste portrait de la situation d'Anjou-sur-le-Lac et du ruisseau De Montigny dans son bilan 2008 « Qualité de l'eau à Montréal ». « De mauvaise à la tête du lac d’Anjou, elle devient polluée à la hauteur du boulevard Henri-Bourassa, après avoir reçu les eaux de très mauvaise qualité du secteur industriel d’Anjou. La dérivation des eaux de ruissellement vers ce point plutôt qu’en tête de lac, comme c’était le cas dans les années 1990, a entraîné un déplacement des problèmes de pollution », y est-il écrit.
Membre de la Direction de l'environnement, Guy Deschamps mentionne: « Dans le réseau d'égouts de l'arrondissement d'Anjou, il y a des murs qui ont été érigés pour dévier les eaux de ruissellement pluvial vers une section supérieure du lac et du ruisseau. Le lac est donc moins contaminé qu'auparavant, mais il est toujours pollué. On a tout simplement déplacé le problème plus haut, on ne l'a pas réglé. »
Ce faisant, peut-on lire dans le document, « non seulement le lac de rétention ne joue-t-il plus son rôle de traitement, mais il souffre en plus d’un manque d’alimentation en eau », laissent entendre les auteurs du bilan environnemental.
Ainsi, le phosphore est particulièrement élevé, « puisque les 21 données obtenues dépassent le critère de toxicité chronique de 30 μg/L (microgramme par litre) pour la faune aquatique », lit-on dans le rapport.
Pour Robert Généreux, il est vrai qu'en déviant les eaux, on n'a pas réglé le problème de pollution du lac. « Avec un apport d'eau moins élevé en tête du lac, on a maintenant un problème d'eau stagnante et d'algues. Est-ce qu'il faudrait abaisser le mur dans la conduite sous la rue Jarry pour avoir un apport additionnel d'eau à la tête du lac ? Peut-être, mais la qualité de l'eau en provenance de ce secteur industriel, on la connaît, et on n'est pas intéressé à l'amener en tête de lac, proche des résidences.
« De plus, poursuit-il, il y a un problème avec certaines entreprises du parc industriel. On a découvert qu'il y a quelques raccordements d'égouts croisés. On a ciblé les compagnies fautives et on va aller les voir bientôt. »
Claude Héroux, chef de la Division environnement à Anjou, ajoute: « Le bassin était à l'époque un élément vendeur qui ajoutait une plus-value au développement résidentiel du secteur. Aujourd'hui, il reste à régler la question de la qualité de l'eau qui s'y trouve. Ça ne se résoudra pas du jour au lendemain, on le sait bien. Il y a place à l'amélioration et on a encore des problèmes sur la table à résoudre. On travaille en ce sens avec la Ville-centre. »
