Deux soirs par semaine, Amélie, Vanessa, Francisco, Diana et les autres prennent la direction d'un petit local anonyme situé au cœur de l'ensemble de HLM qui se dresse sur la rue Théodore, près du Stade olympique. Sur place, ils retrouvent Fako Soulama et Isabelle Dauplaise, animateurs au centre des jeunes Boyce-Viau. On s'assoit, on prend une collation, on ouvre les cahiers.
Dans la petite salle meublée d'une grande table, d'un tableau noir et d'un coin lecture, ni cris ni larmes. Chacun vaque calmement à ses occupations. Naomi chantonne en griffonnant sur une feuille tandis que Francisco revoit les leçons du jour avec l'aide de l'animateur.
Une image paisible qui contraste avec la situation que plusieurs d'entre eux vivent d'habitude à la maison. « Quand vient le temps de faire ses devoirs, un enfant qui se cache en-dessous de la table et se met à crier, ce n'est pas rare. Souvent, le parent ne sait pas comment gérer cette situation. Le résultat, souvent, est que les devoirs ne sont pas faits », souligne Joëlle Dupras, directrice du Centre des jeunes Boyce-Viau.
En septembre dernier, elle a mis sur pied avec son équipe un service de coup de pouce aux devoirs. Les mercredis et jeudis soirs, de 15 h 30 à 18 h, une vingtaine de jeunes âgés de 6 à 12 ans viennent apprivoiser en groupe la période conflictuelle des leçons, supervisés par des animateurs qualifiés. « On n'offre le service que deux fois par semaine, car on veut que le jeune développe la confiance en ses moyens et qu'il soit capable de se prendre en main le reste du temps pour faire ses devoirs. Le but n'est pas de travailler sur les résultats académiques, mais sur le comportement. Le jeune apprend à développer une routine, à travailler dans le calme. C'est très important », précise Joëlle Dupras.
Problèmes familiauxL'ensemble de HLM Boyce-Viau compte 200 logements. Près de 585 personnes y vivent, en majorité des familles. Toutes ne sont pas équipées pour soutenir leur enfant dans ses devoirs. «On constate certaines défaillances dans les habiletés parentales. Plusieurs ne savent pas comment mettre une limite et la maintenir. Il y a également des difficultés au niveau de la compréhension, car plusieurs parents sont analphabètes », indique Isabelle Dauplaise, intervenante auprès des familles.
Un des moyens utilisés : dédramatiser la période des devoirs. « Je commence toujours par discuter avec le jeune. Je lui demande comment s'est passée sa journée. Quand je sens qu'il est prêt à se mettre au travail, on ouvre les livres. Si je sens que cela ne va pas, on se met à l'écart et on parle », relate Fako Soulama. Le jeune étudiant universitaire en biochimie originaire du Burkina Faso met beaucoup de passion à transmettre aux plus jeunes le goût d'apprendre. « Il faut éviter que l'enfant se sente coincé. Il faut lui permettre de s'amuser en travaillant.»
Car il ne faut pas grand-chose pour rompre le fragile équilibre. Une altercation avec un autre élève sur le chemin du retour, un contrôle qui s'est mal passé durant la journée : le moindre incident peut compromettre la période des devoirs.
Après quelques mois d'activités, les animateurs observent déjà des améliorations chez les jeunes qui fréquentent les ateliers. « Les parents sont satisfaits. Cela facilite leur travail dans leur rôle de superviseur. Ils nous rapportent que les devoirs se passent mieux les autres soirs de la semaine », souligne Isabelle.
« Maintenant, on n'a plus besoin d'appeler les parents pour qu'ils amènent leur enfant. Ils sont à l'heure et ne manquent pas une séance », constate Fako.
Une prochaine étape consistera éventuellement à évaluer l'impact du coup de pouce aux devoirs sur les résultats scolaires. Le projet est dors et déjà assuré de pouvoir se prolonger jusqu'à la fin de l'année, grâce à une subvention de plus de 9 000 $ de la fondation du Grand Montréal.
