« Je me suis sentie désemparée et anéantie quand j'ai appris que j'avais le cancer du sein », explique Johanne Lavoie de Mercier. « Ma première pensée a été pour mon fils qui avait cinq ans à l'époque. Je devais me battre pour lui. »
À partir de ce moment, Mme Lavoie a vécu dans l'angoisse en attendant ses traitements. Elle a été diagnostiquée en juillet 1999 et a été opérée au mois de septembre. « J'ai passé un été d'enfer, je n'ai pas dormi. » Après son opération, elle a dû patienter un autre quatre mois avant de suivre des traitements au Vermont. C'était l'époque où le gouvernement québécois envoyait des personnes atteintes du cancer du sein ou de la prostate aux États-Unis pour réduire les listes d'attente. Chaque semaine, le dimanche, à 16 h, elle partait en autobus avec une vingtaine de comparses et son fils. Elle passait la semaine à l'hôtel et revenait chez elle le vendredi soir.
Aujourd'hui, Mme Lavoie est en santé. Elle a décidé d'aider les personnes comme elle et a été, pendant cinq ans, présidente du conseil d'administration du Réseau québécois pour la santé du sein, basé à Mercier. Elle s'y implique encore d'ailleurs. « C'est essentiel pour moi d'aider d'autres femmes qui vivent ce que j'ai vécu. Ça m'aide à rester en équilibre et je pense moins à mon propre cas. »
Le cancer du sein est une maladie qui touche toutes les femmes. En 2005, c'est 5800 nouveaux cas de cancer du sein qui ont été diagnostiqué chez les Québécoises. « Il existe différents facteurs qui augmentent le risque, comme l'hérédité, l'obésité, la sécrétion de beaucoup d'œstrogène, mais 80 % des femmes atteintes n'auront été soumises à aucun de ces facteurs », explique Dominique Synnott, chirurgienne à la clinique du sein de l'hôpital du Sacré-Coeur.
« Je ne peux pas mettre ma tête dans le sable et dire que ça ne reviendra jamais. Les priorités de ma vie ont changé et j'essaie de profiter de tous les moments » - - Lise, Montréal-Nord
Afin de réduire la mortalité et les risques de récidive, le gouvernement du Québec a donc instauré, en 1998, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS), qui permet à toutes les femmes de 50 à 69 ans de subir une mammographie aux deux ans.
« En appliquant trois méthodes de dépistage, l'auto-examen des seins à tous les mois et un examen annuel par un spécialiste à partir de 20 ans, et la mammographie aux deux ans à partir de 50 ans, les chances de dépistage précoce du cancer sont optimales et permettent un traitement rapide qui limite les risques », affirme Dr Synnott.
Des programmes de dépistage ont d'ailleurs eu des effets bénéfiques dans plusieurs pays et provinces canadiennes.
« Le taux de mortalité a été réduit de 25 % dans plusieurs pays européens où des programmes de dépistage existe depuis les années 1970 et 1980 », explique Dre Roberta Cormier, qui pratique au CLSC de Hochelaga-Maisonneuve et au Centre de référence pour investigation désignée (CRID) de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Le CRID est un centre de deuxième ligne qui traite les femmes qui ont eu un premier diagnostic d'anomalie au niveau des seins.
Depuis la création du PQDCS, le nombre de femmes de 50 à 69 ans qui passent régulièrement une mammographie est passé de 19 % à 37,3 %. C'est encore loin des objectifs, mais la Dre Cormier estime que le progrès est bon.
Avec les avancées au niveau des traitements et du dépistage, le taux de moralité du cancer du sein est passé de 29,4 %, en 1993, à 23,7 %, en 2005, selon la Société canadienne du cancer.