La grande rousse partage plus d'une chose avec les jeunes du Boulot vers… À commencer par l'odeur de sciure bien présente dans les ateliers du 4747, rue de Rouen, qui évoque chez elle un flot de souvenirs. « Je retrouve l'odeur du moulin à scie de mon grand-père ! Moi aussi je viens du bois. Mon père était bûcheron. J'ai grandi avec cette odeur-là » lance-t-elle, de passage dans les locaux de l'organisme à l'occasion du lancement de sa campagne de financement annuelle, le 5 février dernier.
Elle partage aussi avec plusieurs d'entre eux un itinéraire chaotique. Comme eux, elle a cherché sa route et s'est parfois égarée en chemin. Partie de chez elle à 16 ans, elle a promené sa voix rauque de bar en bar, poussée par la seule passion de chanter. Une rude école de la vie. «Y a rien que j'ai pas essayé », dit-elle. Les chambres d'hôtel grandes comme des garde-robes, les fins de soirée où les clients roulent sous les tables, tout reste encore frais dans sa mémoire.
Sa différence, sa voix unique – sa voix de bar, comme elle l'appelle – elle a dû apprendre à l'imposer, à s'accepter telle qu'elle est. Le jour où elle s'est retrouvée sur scène aux côtés de Gilles Vigneault, Diane Dufresne et Paul Piché devant 250 000 spectateurs, elle a cru rêver. «Qui aurait dit que la fille de Robert Jalbert, de Rivière-au-Renard, en Gaspésie, arriverait là ? »
La petite chanteuse qui se retournait sur scène pour voir si c'était bien elle qu'on applaudissait a parcouru bien du chemin. « Je manquais terriblement d'estime de moi. Le métier m'a appris à avoir confiance en moi, et vous autres, je vous le dis, j'ai confiance en vous », a-t-elle déclaré aux jeunes venus la rencontrer.
Des paroles qui ont su les toucher droit au coeur. Éric, Yannick, Mickael, Abdou ont livré un peu de leurs espoirs pour le futur. « Je veux faire le tour du monde, apprendre des choses avec les gens », confie Raphaële. « C'est bien de vouloir changer. Mais les changements qu'on veut qui s'opèrent doivent se passer d'abord en nous », répond l'artiste. Elle en sait quelque chose, elle qui a modifié radicalement son mode de vie plutôt agité, il y a quelques années, pour consacrer davantage de temps à sa famille : une grande fille de 25 ans, un garçon de 12, et deux petits-enfants.
Le message qu'elle délivre colle bien à la mission cultivée par l'organisme. « Ça prend du courage de vouloir changer des choses dans sa vie », convient Jeanne Doré, directrice du Boulot vers… Pour son 25e anniversaire, l'entreprise d'insertion qui vient en aide à des jeunes décrocheurs de 16 à 25 ans veut faire de sa campagne de financement annuelle un événement majeur.
Lise Douville, présidente de Industrielle Alliance Valeurs mobilières, sera la présidente d’honneur de cette grande croisade qui a permis de recueillir, en seize ans, plus de 2 millions de dollars auprès de la communauté d’affaires. «Je connais la cause depuis longtemps. Elle a des résultats, puisque le taux de réussite des jeunes est de plus de 85 %. Et la réussite, c'est important », déclare-t-elle.
La précédente campagne de financement avait permis de récolter 167 300 $, versés à la Fondation Boulot vers. Les fonds récoltés au fil des ans ont notamment permis de mettre sur pied en 2004 un programme de soutien après stage afin d'effectuer un suivi auprès des jeunes. Près de 120 apprentis apprennent chaque année un métier grâce au Boulot vers… et augmentent ainsi leurs chances de s'insérer dans le monde du travail.
