Le bâtiment de Hershey, qui devrait devenir disponible à la fin de l'année, ne manquera pas de susciter l'intérêt des investisseurs immobiliers.
(Photo: Régent Gosselin)
L'usine Hershey ferme ses portes
L'odeur de sucre qui planait sur le quartier Hochelaga-Maisonneuve depuis le début du siècle ne sera plus bientôt qu'un souvenir que les résidents évoqueront avec nostalgie. Le fabricant américain de friandises Hershey fermera son usine de la rue de Rouen d’ici la fin de l’année, ce qui entraînera la perte d’environ 150 emplois.
Après la Biscuiterie Viau, c'est un autre fleuron industriel du quartier qui disparaît. La production de bonbons et de réglisses sera transférée à l’usine de Lancaster, située en Pennsylvanie. Personne n'était disponible pour commenter l'annonce de la fermeture ces derniers jours à l'usine de Montréal. Les appels des journalistes étaient systématiquement dirigés vers le siège social, en Pennsylvanie.
Selon un porte-parole officiel de Hershey, l'usine montréalaise fonctionnerait actuellement à moins de 40% de sa capacité. On précise aussi qu'aucune solution n’aurait permis à l’usine de redevenir concurrentielle, même si les employés ont travaillé avec l’entreprise pour tenter de trouver des moyens d’augmenter la productivité et la compétitivité de l’usine.
Cessation des opérations au Canada
La direction de la société soutient que cette fermeture fait partie du plan de restructuration nord-américain annoncé le 15 février dernier, qui pourrait se traduire par la suppression de 1500 emplois au total. Le plus important fabricant de friandises aux États-Unis a annoncé dernièrement la fermeture de son usine de Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, d’ici la fin de l’année, qui entraînera la perte de 580 emplois.
La compagnie mettra également la clé sous la porte de son usine de chocolat de Smiths Falls, au sud d'Ottawa, entraînant le congédiement de 500 employés. Au terme de cette vaste restructuration, Hershey n'aura plus aucune activité de fabrication au Canada.
Victime du virage santé
La nouvelle a pris tout le monde par surprise dans le quartier. Ni la députée Louise Harel ni le conseiller de Maisonneuve, Laurent Blanchard, n'étaient au courant lorsque Le Flambeau les a contactés. M. Blanchard s'est dit «inquiet».
Cette tendance est symptomatique d'un mouvement général qui agite l'industrie de l'alimentation, signale pour sa part Annick Van Campenhoutte. La directrice du Conseil des industries bioalimentaires de l'île de Montréal (CIBIM) s'est montrée peu étonnée de cette fermeture, ajoutant que d'autres vagues étaient à venir. «Le secteur alimentaire, et celui de la confiserie, notamment, doit revoir ses façons de faire. Avec le virage santé, les consommateurs veulent moins de sucre, moins de colorants. Les entreprises qui font moins de recherche et développement se retrouvent donc très vite en situation de difficulté et risquent de se faire avaler», indique-t-elle.
Hershey était implantée depuis des années dans le quartier. La compagnie avait racheté les locaux d'une ancienne entreprise de confiserie, la National Licorice Co, de Brooklyn, qui avait décidé en 1907 d’établir sa filiale canadienne dans l'ancienne ville de Maisonneuve. L’édifice, terminé en 1908, a été conçu par l’architecte Charles A. Reeves, le même qui a participé à la conception de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus et qui a conçu les écoles Saint-Clément et Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle. Il se trouve dans l'ancien secteur industriel de Rouen, une zone dont l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve planifie le changement de vocation afin de favoriser le développement résidentiel.
(Photo: Régent Gosselin)