L'agent Paul Viens a sauté dans les eaux du fleuve pour sauver un homme de la noyade.(Photo: Patrick Deschamps)
Sauvetage dans les eaux du fleuve
Les agents Paul Viens et Éric Labad ont effectué un sauvetage périlleux le 31 août dernier. Ils sont allés au secours d'un homme en détresse qui était porté par le courant du fleuve après avoir voulu mettre fin à ses jours.
Paul Viens, agent à la sécurité routière au poste de quartier 47 dans Mercier-Ouest, patrouillait les rues du secteur quand l'appel est entré, vers 11 h. Un citoyen venait de voir un homme s'approcher du fleuve, à proximité de l'entreprise Sucre Lantic, sur Notre-Dame, près de Pie-IX. Un second appel est entré quelques minutes plus tard. Une jeune femme s'inquiétait pour son père. Il avait quitté son domicile avec des idées suicidaires. Le lien était facile à faire.
Même si l'appel ne lui était pas directement destiné, Paul Viens a décidé de se rendre lui aussi sur les lieux. « Je me disais que, de toute façon, dans un cas comme celui-là, on ne serait pas trop nombreux », mentionne M. Viens.
À son arrivée, l'homme désespéré s'était déjà jeté à l'eau. Avec deux autres agents, Paul Viens a tenté de lancer une bouée de sauvetage à l'homme. La corde n'était pas assez longue en raison des 30 pieds de dénivellation du quai. Même deux bouées attachées ensemble ne se rendaient pas et on voyait bien que la fatigue commençait à gagner l'homme. Paul Viens n'a alors pas hésité. Il a retiré son équipement et a utilisé une échelle ancrée dans le quai pour descendre jusqu'à lui. Il a réussi à l'agripper, tout en se retenant à un barreau de l'échelle.
Arrivés sur les lieux, les pompiers ont lancé une veste de sauvetage au désespéré et au policier. L'homme s'est éloigné et ne parvenait pas à mettre la veste, pendant que le policier, toujours accroché à l'échelle, n'avait pu attraper la sienne. C'est alors que tout s'est bousculé. À bout de force, l'homme s'est mis à avaler de l'eau. « Dès qu'il s'est mis à tousser, je me suis lancé dans l'eau et j'ai accroché une veste. Il m'en fallait une, parce que dans un cas comme celui-là on ne sait jamais comment la victime va réagir. En un éclair, je l'ai remontée et je l'ai soutenue jusqu'à l'arrivée du bateau de sauvetage. On a parlé pendant 10 à 15 minutes en attendant », raconte Paul Viens. Éric Labad, du poste de quartier 23, dans Hochelaga-Maisonneuve, était arrivé sur l'entrefaite. Il a rejoint son collègue dans les eaux froides du fleuve pour soutenir l'homme et l'embarquer dans le bateau du Service de prévention des incendies. La force des deux policiers était nécessaire. « Il y avait pas mal de courant et l'homme s'éloignait. Dès qu'il a avalé une gorgée d'eau, Paul Viens s'est lancé à l'eau et je suis descendu le rejoindre », mentionne l'agent Labad.
Pendant leur échange dans l'eau, les policiers et l'homme ont connecté et ont même réussi à rire malgré le drame qui se jouait. « Je lui ai dit que s'il riait, c'est qu'il y avait encore du beau dans la vie », se souvient M. Viens. « On lui a parlé et on lui a dit qu'on pouvait trouver des ressources pour l'aider », se rappelle M. Labad. Par contre, ce dont ils se souviennent le plus, c'est l'appel de l'homme avant d'entrer dans l'ambulance. Il a tenu à remercier Éric Labad et Paul Viens pour leurs efforts. « Ça, c'est la plus belle des récompenses », soutient M. Labad.
Plusieurs félicitent les deux policiers pour avoir bravé les courants froids pour sauver un citoyen, mais eux, demeurent bien humbles. « J'ai juste fait ce que j'avais à faire », soutient M. Viens qui avoue que l'eau était vraiment froide. « C'est ça mon job, secourir les gens. C'est la meilleure preuve que c'est notre travail », affirme M. Labad.
Après le départ de l'homme en ambulance, les agents Labad et Viens n'avaient qu'une idée: se rendre au poste de quartier pour prendre une bonne douche d'eau chaude et se changer. Après, l'un comme l'autre ont repris la route pour continuer de patrouiller dans les rues.
« J'ai seulement fait ce que j'espère qu'un autre être humain aurait fait dans la même situation. J'ai le sentiment du devoir accompli », conclut M. Viens.