Martin Dea a été l'un des premiers policiers à intervenir lors du drame au collège Dawson. - (Photo: gracieuseté)
Le lieutenant Martin Dea sur la ligne de feu
Le 13 septembre 2006 restera à jamais gravé dans la mémoire de Martin Dea. Aujourd'hui lieutenant au poste de quartier 23, dans Hochelaga-Maisonneuve, le policier était l'un des premiers à se précipiter dans le collège Dawson alors qu'un tireur fou, Kimveer Gill, semait la terreur.
Tout le monde se souvient de ce drame qui a enlevé la vie à une jeune fille, Anastasia De Sousa, et a fait plusieurs blessés, dont certains très gravement. Mais, pour Martin Dea, le drame demeure palpable.
Ce jour-là, il patrouillait dans les rues du centre-ville à titre de superviseur au poste de quartier 20. Il était tout juste à côté du collège quand deux policiers qui se trouvaient à l'intérieur pour un tout autre dossier ont lancé un appel à l'aide après avoir entendu des coups de feu.
Quand Martin Dea arrive, c'est déjà le chaos. « Des personnes se lancent sur ma voiture pour se protéger et on entend des coups de feu à l'intérieur. Je n'ai pas fourni tout de suite du secours aux victimes. Je me suis précipité à l'intérieur parce qu'il fallait d'abord neutraliser la menace », explique le lieutenant Dea.
La scène qu'il voit alors est horrible. Kimveer Gill est camouflé dans la cafétéria. Il tire sans arrêt sur tout ce qui bouge. Des étudiants sont réfugiés sous des tables et se protègent avec ce qu'ils peuvent, même leur sac d'école. Les policiers ne peuvent neutraliser le tireur. Celui-ci utilise deux jeunes comme bouclier humain et se trouve dans un coin difficile d'accès.
Pendant 21 interminables minutes, il tire. « Il avait plus de 1000 balles avec lui », explique Martin Dea pour décrire l'ampleur que le drame aurait pu prendre. À ce moment, la seule chose à laquelle M. Dea peut penser, c'est de coordonner les efforts des policiers pour neutraliser le suspect.
Finalement, deux agents se sont exposés à un grand risque en se mettant devant Kimveer Gill pour attirer son attention. Le tireur a alors bougé, ce qui a permis à l'agent Denis Côté de le viser. Une balle a atteint le coude de Kimveer Gill et une autre a frappé son arme. Sous la force des coups de feu, il est tombé au sol. Blessé, il aurait décidé d'empoigner l'une de ses armes pour mettre fin à ses jours.
Mais ce n'était pas terminé. Il fallait ensuite évacuer les lieux. Des jeunes terrorisés étaient encore cachés un peu partout pour se protéger. « On a été sur une tension de 12 h 41 à 17 h. Là, il y a eu une charge émotive incroyable. »
Un an plus tard, Martin Dea se souvient avec vivacité de ce jour. S'il y avait une scène qu'on permettrait au lieutenant d'oublier, il sait très bien celle qu'il choisirait. « Celle des jeunes dans la cafétéria. On pouvait lire la panique et la frayeur dans leurs yeux. Certains étaient coincés et ne pouvaient bouger sans s'exposer. » M. Dea dit entendre encore les cris de ces jeunes qui croyaient qu'ils allaient mourir.
Une semaine plus tard, malgré tout, Martin Dea retournait au boulot et un mois plus tard, il était promu lieutenant au poste de quartier 23.