Régent Lavoie, un des participants aux ateliers, en compagnie de Denis Chicoine, intervenant au Tour de Lire.
(Photo:Régent Gosselin)
Sortir l'analphabétisme de l'ombre
On parle beaucoup de décrochage scolaire. Ce phénomène en cache un autre, tout aussi préoccupant: un adulte sur sept a de la difficulté à lire et à écrire. Pour mieux faire connaître cette réalité, Le Tour de Lire lance cet automne une grande campagne d'information dans les écoles et les organismes d'Hochelaga-Maisonneuve.
Régent Lavoie a 53 ans. Comme beaucoup d'éclopés de l'école, Régent traîne de sévères lacunes en lecture et en écriture. Des difficultés qui se traduisent par des conséquences bien concrètes sur sa vie quotidienne: se servir d'un guichet automatique, déchiffrer une lettre ou se repérer dans le métro sont pour lui de véritables obstacles. Depuis 6 ans, il fréquente les ateliers du Tour de Lire, sur le boulevard Pie-IX. «Cela m'aide à me débrouiller, confie-t-il. «Je n'aimais pas l'école. C'était dur. Ici les profs m'aident bien. On va à notre rythme. C'est plaisant», dit-il.
Régent n'est pas un cas isolé. Selon une étude réalisée par Statistique Canada en 2003, 1,3 million de Québécois de plus de 16 ans ne maîtrisent ni la lecture ni l'écriture. La proportion d'analphabétisme augmente en flèche dans les quartiers défavorisés, comme Hochelaga-Maisonneuve, où plus de la moitié des résidants n'ont pas de diplôme d'études secondaires.
Faire connaître et dénoncer
«Même si le quartier est en changement, l'analphabétisme reste un problème bien présent. Il a des conséquences humaines, économiques et sociales», signale Denis Chicoine, intervenant au Tour de Lire. Au cours des prochaines semaines, l'organisme lancera une vaste campagne de sensibilisation auprès des organismes et des écoles du quartier. Objectif : faire connaître, mais aussi dénoncer le phénomène.
On parlera notamment de la petite histoire de l'illettrisme dans Hochelaga-Maisonneuve. «Autrefois, on n'avait pas besoin d'être instruit pour travailler dans les usines. Aujourd'hui, cela a bien changé», constate Suzanne, une des participantes au projet. On abordera aussi les conséquences et les pistes de solution. Pour réaliser ce projet, l'organisme a bénéficié d'une aide dans le cadre des Initiatives fédérales-provinciales conjointes en matière d'alphabétisation.
Enseignement par projets
Le Tour de Lire est actif depuis 26 ans dans le quartier. Il accueille des résidants de tout l'arrondissement et des quartiers environnants. La moyenne d'âge des participants tourne autour de 50 ans. «Souvent, ils ont perdu leur emploi lors des fermetures d'usines, dans les années 80. Ils se sont retrouvés analphabètes et sans emploi. Plusieurs sont issus du cercle vicieux de la pauvreté, où l'éducation n'est pas favorisée», constate Agathe Kissel, une des intervenantes.
L'organisme a développé une méthode d'enseignement par projets. Plusieurs ouvrages sont déjà sortis des ateliers de lecture et d'écriture, entre autres un livre de recettes de cuisine et un ouvrage sur l'histoire d'Hochelaga-Maisonneuve, dont l'ensemble des textes et des photos ont été réalisés par les participants. Une belle source de fierté pour ces laissés pour compte de l'éducation.
(Photo:Régent Gosselin)