Construirons-nous des ghettos?
Saluons d’abord la hardiesse, donc le courage, du NPD pour avoir recruté au Québec la première candidate qui porte le foulard islamique, Samira Laouni.
A-t-elle réussi sa campagne électorale dans Bourassa? Si son but était de devenir députée, c’est un échec. Mais son but n’était-il pas plutôt d’œuvrer à prévenir la formation d’un ghetto? D’inciter les femmes musulmanes à sortir du cercle enveloppant de leur communauté et à poser des gestes citoyens? D’amener les Québécois à accepter la présence des minorités en général, des musulmans en particulier, dans l’espace public?
J’ai accompagné de longues heures Samira Laouni dans son porte-à-porte à Montréal-Nord. En général, la réception était polie ou aimable, mais occasionnellement, l’accueil oscillait d’un extrême à l’autre, de l’embrassade à l’invective.
La vraie question est de savoir si un Québécois peut être d’origine latino-américaine, haïtienne, asiatique, sémitique, arabe... si un Québécois peut être catholique, boudhiste, juif, musulman.
Est-ce que cette campagne du « foulard islamique » a contribué à faire accepter une autre « minorité visible » ou, au contraire, a amené une plus grande polarisation entre l’accueil et le rejet?
Les murs du ghetto ne sont pas encore construits. Il n’en tient qu’à nous, citoyens et médias, nouveaux arrivants et « de souche », religieux et non-religieux, musulmans et non-musulmans, à prévenir leur construction.
- Marie-Andrée Provencher