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Le Flambeau
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La Commission Mulroney-Schreiber et l’éléphant dans le salon

Richard Cléroux par Richard Cléroux
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Article mis en ligne le 17 avril 2009 à 10:09
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La Commission Mulroney-Schreiber et l’éléphant dans le salon
Karlheinz Schreiber et Brian Mulroney
La Commission Mulroney-Schreiber et l’éléphant dans le salon
Ceux qui s’attendaient aux rebondissements d’une commission Gomery ont été fort déçus cette semaine lors des audiences de la Commission d’enquête dans l’affaire de Brian Mulroney et de son ancien ami, le lobbyiste et vendeur d’armes Karlheinz Schreiber.
Après trois jours de témoignage de Schreiber à la commission d’enquête présidée par le juge Jeffrey Oliphant, nous n’en sommes pas plus éclairés.

L’avocat de la commission, un bon vieux criminaliste de Winnipeg, Richard Wolson, s’est acharné à démontrer que Schreiber avait menti – chose qui n’était pas difficile à prouver – plutôt que de faire ressortir de faits nouveaux.

Wolson a relevé les nombreuses contradictions du malheureux Schreiber entre ses déclarations et ses écrits antérieurs, ses témoignages sous serment devant le comité de la Chambre des communes en 2007, devant un procès à Toronto en 2004, et devant une autre enquête préliminaire.

« Je vous suggère Monsieur Schreiber que vous ne dites pas la vérité » lui a lancé l’avocat Wolson à un certain moment. Schreiber n’a pas bronché.

Lorsque Wolson l’a accusé d’avoir dit « bien des choses » dans une lettre destinée au Premier ministre Stephen Harper, Schreiber a retorqué :

« Si toutes les lettres envoyées à des politiciens étaient vraies, nous serions dans un monde bien différent » a répondu Schreiber.

Si Wolson prouve que Schreiber a menti, alors quoi? En droit criminel, un bon procureur prouve qu’un accusé ment, le jury le condamne et l’avocat gagne sa cause.

Mais une commission d’enquête est différente. Elle sert à faire la lumière sur une magouille politique, pas à faire condamner un accusé.

Une commission établie ce qui s’est passé, qui a empoché l’argent et pourquoi. Qu’un lobbyiste ou un politicien soit confirmé comme fieffé menteur ne veut rien dire.

Il aurait été plus utile – et plus intéressant – que la commission présente des faits nouveaux, des choses qu’on ne savait pas déjà.

Ce n’est guère la faute du Commissaire Oliphant. Ses mains sont liées. C’est « monsieur-je-contrôle-tout » Harper qui a décrété que le juge Oliphant n’avait pas le droit de faire enquête sur ce qui touche «l’affaire Airbus» des années 80s.

Harper a été clair – le juge ne doit pas toucher à Airbus.

Donc chaque fois que le mot « Airbus » fait surface durant des témoignages ou apparaît dans certains documents de la commission, les avocats et le juge font comme Airbus n’avait jamais existé.

Pourtant l’affaire Airbus c’est l’achat par Air Canada de 34 appareils Airbus 300 flambants neufs, une valeur de 1,8 milliards $, du consortium Franco-allemand Airbus Industrie, pour lequel Karlheinz Schreiber était lobbyiste.

À cette époque, Air Canada appartenait au gouvernement canadien. Brian Mulroney était premier ministre et il nommait les directeurs de la compagnie.

Des documents d’une filiale du consortium en Europe indiqueraient que 5 millions $ aurait été mis de côté dans une banque en Suisse pour distribuer à des politiciens canadiens non identifiés, en guise de « super-commissions » pour «services rendus».

Mercredi dernier, Schreiber a laissé glisser que les centaines de milliers de dollars qu’il avait payé à Mulroney en 1993 et 1994 venait d’un compte de «commissions» d’Airbus, liées à la vente d’hélicoptères MBB et du projet Bear Head de chars blindés légers.

On ne lui a pas demandé plus d’explications. Pourtant…

Faire une enquête dans l’affaire Mulroney-Schreiber sans parler d’Airbus c’est un peu comme faire l’analyse de la salubrité d’une saucisse sans parler de la viande qui la constitue.

Ce n’est pas clair pourquoi Harper veut tant faire taire la partie sur Airbus. Sa raison officielle : on a en déjà assez parlé. Mais sans étaler toute l’affaire, c’est difficile de vraiment comprendre ce qui c’est passé.

Jusqu’à présent le juge Oliphant respecte scrupuleusement son mandat.

Et l’énorme éléphant Airbus continue à se mouvoir dans la salle d’audience sans que personne en parle.

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