Chantal Lambert dirige l'Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal depuis 1990.
(Photo: Éric Carrière)
Voix nouvelles
Dès le 27 mars prochain, l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal présente Le monde de la lune, un opéra bouffe de Joseph Haydn, au Monument-National. Derrière le talent de ces jeunes chanteurs qui seront peut-être les futurs Pavarotti et Montserrat Caballé, il y a Chantal Lambert. La résidante de la rue Bennett, soprano émérite, dirige depuis 17 ans cet incubateur des grandes voix de demain.
«Si tu ne me chantes pas des mots, va jouer de la clarinette!», s'est fait dire Chantal Lambert lors de ses études au Conservatoire de musique de Montréal. Cette âme passionnée a retenu la leçon. Elle compare le chant à des cris d'amour. «Cela a quelque chose de viscéral, de primal», confie-t-elle. La cantatrice avoue éprouver un plaisir sensuel, quasi physique, à donner de la voix. «C'est un exercice libérateur. Il permet d'évacuer les émotions. Si je reste une semaine sans chanter, je ressens une tension, j'ai besoin de cracher le morceau.»
Depuis le début des années 90, elle transmet sa flamme à de jeunes artistes recrutés dans les universités et les conservatoires à travers le Canada. À raison d'une douzaine par cohorte, ils passent par l'Atelier lyrique pour un stage de un à trois ans qui leur permettra de développer les habiletés nécessaires pour mener une carrière internationale.
Pour développer l'expressivité et la théâtralité, deux qualités essentielles en chant lyrique, les recrues de sont amenées à se familiariser avec toutes sortes de disciplines, de l'expression corporelles aux langues étrangères en passant par le karaté.
Chantal Lambert veut pour ses étudiants la plus large formation possible, car mieux vaut être muni d'une solide carapace et avoir plusieurs cordes à son arc pour percer le milieu impitoyable de l'opéra. «Sur la douzaine de jeunes qui fréquentent l'atelier, si deux tirent leur épingle du jeu, on aura fait notre travail», déclare Mme Lambert. Mission accomplie, puisque plusieurs anciens font aujourd'hui carrière sur la scène internationale, comme Manon Feubel, Marie-Josée Lord et Marc Hervieux, lui aussi résident du quartier.
Vive et enjouée, simple et chaleureuse, Chantal Lambert est à mille lieues de l'image de la cantatrice campée dans sa tour d'ivoire. Sa carrière a débuté un peu par hasard. Alors qu'elle chantait dans une chorale, un organiste repère sa voix et l'encourage à aller plus loin. «Quand je suis entrée au conservatoire, je n'avais pas d'autre ambition que de chanter comme Joni Mitchell. Jamais je n'aurais pensé aboutir à l'Opéra !», déclare-t-elle.
La pétillante soprano, premier prix du conservatoire, a été de la distribution d'une quinzaine de grands rôles à l'Opéra de Montréal et se produit depuis 2001 surtout en récital. Elle prête également sa voix à la trame sonore du spectacle Hansel & Gretel du Théâtre Sans Fil. Grande amatrice de chanson, elle a participé par ailleurs à plusieurs reprises à l'Hommage à Brel, présenté au CCSE Maisonneuve.
Lorsqu'elle s'est mise à la recherche d'une maison, Chantal Lambert a ratissé tous les quartiers de Montréal. Son choix s'est arrêté sur Hochelaga-Maisonneuve, où elle est installée depuis 2001. «C'est un quartier en pleine expansion. La vie y est très plaisante. On peut y profiter d'endroits magnifiques comme le Jardin botanique et le marché Maisonneuve», indique-t-elle.
La cantatrice rêve de mettre son art à la portée du plus grand nombre. En 2006, elle n'a pas hésité à descendre chanter dans le métro avec ses élèves. Le succès a été phénoménal. «On espère voir des jeunes prendre la relève, susciter un intérêt auprès des gens.» Et peut-être aussi révéler des vocations. «C'est surprenant la quantité de gens qui ont une bonne voix et qui l'ignorent !»
Le monde de la lune est présenté les 27, 28, 30 et 31 mars, 2 et 4 avril à 20 h et 1er avril à 14 h. Infos : 514 871-2224 et
www.operademontreal.com
«Si je reste une semaine sans chanter, je ressens une tension, j'ai besoin de cracher le morceau.»
Chantal Lambert
(Photo: Éric Carrière)