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Le Québec se prépare un trou de mémoire collectif

Carole le Hirez par Carole le Hirez
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Article mis en ligne le 26 mars 2007 à 12:46
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Le Québec se prépare un trou de mémoire collectif
La Maison de la généalogie, rue Davidson, possède une banque de données de plus de 11 millions de personnes et des dizaines de milliers de documents indexés. - (Photo: Éric Carrière)<[:AC:]$p
Le Québec se prépare un trou de mémoire collectif
La réforme de l'état civil conjuguée à la réglementation sur la divulgation des renseignements personnels risque de complexifier dans quelques années les recherches des Québécois sur leurs origines.
La quête de leurs origines familiales est une des activités préférées des Québécois. Chaque année, plus de 12 000 visiteurs viennent fouiller dans le centre de documentation de la Société généalogique canadienne française. D'ici quelques dizaines d'années, ce passe-temps pourrait cependant devenir un véritable casse-tête.

Depuis le 1er janvier 1994, avec l'entrée en vigueur de la réforme de l'état civil au Québec, tous les registres établis après l'année 1900 ont été retirés de la consultation publique. Pour l'instant, les conséquences ne sont pas dramatiques, puisque ces données ne concernent qu'un nombre de générations limité. Toutefois, dans une cinquantaine d'années, le problème risque de se poser de manière plus aiguë, car le «trou généalogique» se sera creusé.

«L'accès aux documents devient de plus en difficile. La mémoire se perd», constate Marcel Fournier, président de la Société. Le centre de documentation de l'organisme détient sur microfilms des données allant de 1620 jusqu'à 2003. Pour couvrir la période actuelle, les généalogistes compilent divers documents - contrats de mariage, registres de catholicité, banques de données nécrologiques.
Une question d'identité
«Cela ne rend pas les recherches impossibles, mais cela les complexifie», souligne le généalogiste, qui tente de sensibiliser les instances gouvernementales au problème. L'organisme suggère notamment de mettre de l'avant un projet de livret de famille volontaire, du type de celui délivré gratuitement par l'administration française, mais il faudrait des fonds, de 40 000 à 50 000 $ selon M. Fournier, pour financer une telle opération. Dans l'immédiat, il conseille à chaque Québécois soucieux de conserver la mémoire familiale de noter ses informations dans un petit carnet.
«La quête des origines répond à une question d'identité. Les gens veulent savoir qui ils sont.» Et ce questionnement est appelé à prendre davantage d'acuité avec le phénomène de l'éclatement des familles. «Aujourd'hui, il n'est pas rare que les jeunes aient trois ou quatre grands-pères. Un jour ou l'autre, ils éprouvent le besoin de se situer dans la lignée familiale», indique l'historien.

Loisir prisé des 50 ans et plus, la généalogie devrait rester en vogue en raison du vieillissement de la population, croit M. Fournier. «C'est un vrai plaisir et un loisir qui ne coûte pas cher. Cela contribue aussi à briser l'isolement, on rencontre d'autres personnes, on partage ses découvertes.»
11 millions de personnes
Les Québécois bénéficient du plus important centre de recherche généalogique au Canada par la diversité des documents avec la Maison de la généalogie, située au 3440, rue Davidson, qui possède une banque de données de plus de 11 millions de personnes et des dizaines de milliers de documents indexés. «Si une famille québécoise a déménagé en Oregon ou dans le Poitou et qu'un article a été publié sur le sujet, on l'a !», déclare M. Fournier.
L'organisme vient d'ailleurs de recevoir le Prix du 3-Juillet-1608 décerné par le Conseil supérieur de la langue française pour les services exceptionnels rendus à l'ensemble de la francophonie nord-américaine. Et on vient parfois de loin pour consulter ces archives. Chaque été apporte son lot d'Américains, descendants de Québécois ou encore d'Européens à la recherche de lointains cousins. On y a même reçu un Australien, probable descendant des Patriotes exilés dans ces contrées en 1839.

L'évolution technologique a révolutionné la généalogie. Aujourd'hui, on ne consulte plus des registres poussiéreux, mais des bases de données informatiques. «En deux ou trois heures, on peut remonter une douzaine de générations. Les Français sont jaloux de nous», déclare M. Fournier.

Plusieurs motivations animent ces explorateurs du temps. Les actes notariés, contrats de mariage, actes judiciaires, recensements permettent d'obtenir de nombreux détails sur l'histoire familiale, comme la transmission d'un métier d'une génération à l'autre. Dans d'autres cas, la recherche permet de retracer l'origine de certaines maladies génétiques, par exemple dans le cas de mariages consanguins.
La carte de membre annuelle, au coût de 40 $, donne l'accès gratuit au centre de documentation ainsi que d'autres avantages. Pour les non-membres, les frais sont de 10 $ par jour. Infos : (514) 527-1010 ou www.sgcf.com

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