Chaque année, plus de 15 000 papillons en provenance d'une douzaine de pays sont relâchés durant l'évènement Papillons en liberté, dans la grande serre du Jardin botanique
75 ans au service de la biodiversité
Alors qu'il arpentait les forêts d'Amérique du Sud pour en rapporter des spécimens rares, le frère Marie-Victorin ne savait pas encore qu'il contribuait à la biodiversité. Plus de 75 ans après, le Jardin botanique a largement dépassé la simple présentation de collections de plantes et d'insectes pour devenir un véritable centre de recherche et de sensibilisation à ce grand enjeu du troisième millénaire.
Si le frère Marie-Victorin revenait voir son jardin, en 2007, que dirait-il ? «Il serait fier, car lorsqu'il l'a fondé, il était animé par une vision de conservation, d'éducation et de recherche. Aujourd'hui, ces trois missions sont toujours présentes. Elles se font différemment, mais nous nous y sommes tenus», déclare le directeur du Jardin botanique, Gilles Vincent. Récemment, l'institution était récompensée par Tourisme Montréal pour les célébrations de son 75e anniversaire.
Le contexte a cependant beaucoup évolué depuis 1931. Les grandes questions environnementales sont aujourd'hui au cœur des préoccupations, comme en témoigne l'intérêt pour le développement durable et les changements climatiques. «Nous allons plus loin que de présenter simplement la biodiversité. Nous souhaitons changer le comportement des gens afin de les amener à se demander : Que puis-je faire pour l'environnement ?», indique M. Vincent. Une œuvre de conscientisation qui touche chaque année quelque 60 000 jeunes à travers les diverses activités du jardin.
La biodiversité, une priorité locale
La conservation de la biodiversité a considérablement évolué elle aussi. Fini le temps où le frère Marie-Victorin partait sur les routes de Cuba et d'ailleurs, besace sous le bras, pour recueillir des spécimens rares. L'exportation des diverses espèces protégées est désormais strictement encadrées.
Depuis plusieurs années, le Jardin botanique s'est donc concentré sur la biodiversité québécoise, en créant notamment un jardin des Premières-Nations et un parcours de la biodiversité. Devant la menace de disparition de plusieurs espèces rares de nos milieux naturels, un programme d'urgence a été créé pour conserver une soixantaine de plantes menacées, cultivées un peu partout dans l'enceinte du parc, des jardins alpins à la Maison de l'arbre.
Cette priorité s'inscrit dans la cible 2010 de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique - dont le secrétariat permanent est basé à Montréal -, qui vise à réduire les pertes en espèces animales et végétales. «Les municipalités ont un rôle important à jouer dans la biodiversité locale par l'utilisation des végétaux en ville, car la destruction des habitats naturels précède les changements climatiques», affirme M. Vincent, qui représentait les Muséums nature de Montréal au colloque Ville et biodiversité, tenu à Curitiba, au Brésil, en mars dernier.
Pôle d'excellence en développement durable
Plusieurs projets viendront soutenir ces grands objectifs au cours des prochaines années. Le Jardin botanique procède ainsi actuellement au réaménagement de sa serre tropicale pour se concentrer sur les plantes à vocation alimentaire. «Cela permettra d'aborder les grandes questions liées à la perte de la biodiversité et à la déforestation, tout en amenant des notions qui nous touchent dans notre quotidien, comme le commerce équitable», précise M. Vincent. Commencé cette année, ce projet devrait être complété en 2008.
Mais la cerise sur le gâteau sera le futur Centre de recherche sur la biodiversité, planifié par l'Institut de recherche en biologie végétale (IRBV). Affilié à l'Université de Montréal, ce centre, dont la construction devrait débuter d'ici deux ans sur le site du Jardin botanique, sera réalisé grâce à un financement de 16 M$ de la Fondation canadienne pour l'innovation et d'autres partenaires. Il combinera les espaces d'entreposage des collections entomologiques de l'Insectarium et de l'Université de Montréal, ainsi que de l'Herbier Marie-Victorin, et permettra d'offrir aux visiteurs un aperçu des activités de recherche reliées aux sciences de la biodiversité.