OTTAWA - A l'approche de la quatorzième conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Poznan, en Pologne, les environnementalistes espèrent que le changement de garde à la Maison-Blanche et la nomination d'un nouveau ministre de l'Environnement à Ottawa feront tourner le vent.
Pas moins de 10 000 délégués provenant de 190 pays sont attendus pour ce dernier grand rendez-vous auquel sont conviés les ministres de l'Environnement des quatre coins de la planète, avant les négociations qui détermineront la suite à donner au Protocole de Kyoto et qui se dérouleront à Copenhague, au Danemark, l'an prochain.
Le nouveau ministre en charge du dossier, Jim Prentice, a affirmé mardi attendre la rencontre de Poznan "avec impatience", mais n'a pas donné davantage d'explications sur la position qu'y adoptera le gouvernement de Stephen Harper. La rencontre internationale doit s'ouvrir lundi prochain.
Au dernier sommet sur le réchauffement planétaire à Bali, en Indonésie, l'an dernier, le Canada avait été montré du doigt pour avoir délibérément fait obstruction aux négociations. Il refusait notamment l'adoption de cibles précises de réduction de gaz à effet de serre, se plaçant ainsi à contre-courant de la majorité des pays participant aux discussions.
Le directeur des campagnes nationales pour le Sierra Club Canada, Jean Langlois, cultive un certain espoir de voir le Canada adopter une attitude plus ouverte cette fois.
Il note que M. Prentice a déjà rencontré les groupes environnementaux pour s'enquérir de leurs points de vue alors que son prédécesseur, John Baird, avait pris un long moment avant de le faire après sa nomination. Il perçoit cela comme un pas dans la bonne direction, même s'il convient que les décisions se prennent avant tout au bureau du premier ministre.
"Le nouveau ministre aura un impact, tout comme les instructions qu'il aura données en privé à la délégation canadienne. Mais tout cela dépend avant tout de M. Harper", a-t-il indiqué en entrevue téléphonique.
L'excuse économique?
Le porte-parole du Bloc québécois en Environnement, Bernard Bigras, a confié craindre que les conservateurs utilisent une éventuelle récession économique comme argument pour demeurer les bras croisés en Pologne.
"On est particulièrement inquiets à la lecture du discours du Trône, lorsque le gouvernement nous dit qu'aucun progrès ne saurait être possible sur le plan environnemental sans une économie "en santé"", a expliqué M. Bigras.
"On craint que le gouvernement utilise comme prétexte le ralentissement économique mondial afin d'affaiblir un futur protocole sur les changements climatiques", a-t-il poursuivi.
Les propos du ministre Prentice à ce sujet à la sortie de la période de question ne seront sans doute pas en mesure d'apaiser les craintes du député bloquiste.
"Il y a une série de réalités qui seront évidentes, à Poznan. Premièrement, le ralentissement économique a certainement un impact sur tout ça", a indiqué M. Prentice.
Quant à la chef du Parti vert, Elizabeth May, elle a tenu un point de presse en matinée justement sur la nécessité de ne pas opposer les problèmes économiques à l'urgence d'agir pour lutter contre le réchauffement climatique.
A son avis, la stimulation de l'économie passe par le développement de sources d'énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et une taxe sur le carbone. Et elle n'est pas la seule à penser que l'environnement et l'économie vont de paire, a-t-elle souligné, puisque le président désigné des Etats-Unis lui-même pense la même chose.
Car même si Barack Obama ne sera pas officiellement président lorsque se tiendra le sommet en Pologne, il a fait savoir qu'il suivra attentivement tous les développements qui pourraient y survenir. Il a déjà indiqué que, dès qu'il prendra ses fonctions, le monde pouvait s'attendre à ce que les Etats-Unis s'engagent "énergiquement" dans ces négociations internationales sur les changements climatiques.
Le Canada, qui avait pris l'habitude de se ranger derrière les Etats-Unis de George W. Bush, même s'il a ratifié le Protocole de Kyoto contrairement à son voisin du sud, pourrait devoir changer son fusil d'épaule pour éviter de se retrouver isolé.
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