Mon parc à chien
Je vis avec ma chienne Marsanne depuis qu’un beau 1er juillet, il y a quatre ans, elle fut abandonnée dans une ruelle de Hochelaga. Propulsée illico au poste de maîtresse de toutou, je découvris tout près de chez moi un parc à chien pas comme les autres.
Ce parc est en fait la cour d’une école des métiers très rarement utilisée par les élèves qui y font parfois des exercices d’arpentage. Quand j’ai commencé à fréquenter ce parc, Diane, la maîtresse de Blackie, gérait d’une main ferme ce parc, faisant sa tournée tous les matins en pestant contre ces crottes « oubliées » qu’elle devait ramasser. Souvent sur la boîte à crottes, qui avait été bâtie par un des utilisateurs, elle nous laissait des mémos concernant les ordures.
Un été, l’une des portes de ce parc était complètement détruite. Spontanément, les utilisateurs se sont cotisés pour payer le matériel. Les maîtres de Lola se sont chargé de la construction et de l’installation de la nouvelle porte. De temps en temps, dans mes jours de congé, je me munis de sacs et je sillonne le terrain afin de le libérer de tout détritus. Je ne suis pas la seule. Je me souviens de la toute jeune maîtresse de Vickie et Patouf, qui, un après-midi, avait décidé de débarrasser le parc de tous les mégots de cigarettes. Il y a ceux qui, semaine après semaine, apportent des grands sacs à ordures, des petits sacs de plastique pour ceux qui auraient oublié les leurs. Il y a Louise, la maîtresse de Tango, qui amenait de la terre de chez elle pour combler des trous.
Des visiteurs occasionnels admettent que notre parc à chien est l’un des plus propres qu’ils aient vu. Cela me remplit de fierté car c’est le symbole de la responsabilisation de citoyens ordinaires qui s’impliquent pour qu’un privilège accordé par la commission scolaire nous soit laissé. Des chiens problématiques (ou des maîtres) dans notre parc sont rares et ils s’éliminent spontanément grâce à cette espèce de synergie positive instaurée par les utilisateurs habituels.
Dans notre parc à chien, pas de conseil d’administration, pas de règlements, pas de trésorier ; il y a seulement des gens de bonne volonté et de gros bon sens. De quoi nous donner de l’espoir dans la nature humaine… et canine peut-être !
- Dominique Brault, résidente du secteur