Lettre ouverte à Jean Charest
Comme citoyen québécois soucieux de la qualité et de la bonne gouvernance de ce pays, et par souci de transparence, je rappelle certaines situations esquissées dernièrement par les médias de façon nuageuse et précipitée alors qu’en principe, elles devraient être clarifiées, voire encadrées, par une nouvelle loi surtout, quand il s’agit d’affaires sérieuses.
Premièrement, le passage de Philippe Couillard au banc du privé. Le premier fonds d’investissement privé en santé au Canada (Medysis) inquiète pas mal et soulève des interrogations de principes. Ce n’est ni l’ambition ni l’opportunisme de M. Couillard qui dérange, mais plutôt l’éthique et la transparence : deux règles fondamentales de bonne gouvernance publique. Sa connaissance parfaite de la législation, des projets gouvernementaux, des dessous (secrets) du ministère de la Santé et des orientations gouvernementales en matière de santé seraient sans doute des éléments clés pour le succès de tout lobby. Le sentiment de malaise de ce passage si planifié de M. Couillard réside dans ses propos en tant qu’ex-ministre, défendeur du système public, alors que concrètement, son geste si précipité de se joindre à PCP ne corrobore ni l’intention ni les propos tenus quand il était ministre. Ce qui pose un sérieux problème d’éthique, surtout que la loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbysme indique essentiellement que M. Couillard ne peut « exercer à titre de lobbyiste-conseil des activités de lobbysme auprès d’un titulaire d’une charge publique ».
À mon avis et dans l’optique de mieux respecter les principes d’éthique et de transparence, la directive qui stipule qu’« une personne [...] qui a cessé d’exercer ses fonctions pour l’État [...] ne doit pas divulguer une information confidentielle dont elle a pris connaissance dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions » pour une période de deux ans doit être rehaussée à cinq ans.
Deuxièmement, la nomination de M. Bolduc comme nouveau ministre de la Santé devrait être réétudiée, du fait que ce dernier a été défait lors des élections de 2007. Une question de principe dans une démocratie, telle est la nôtre. Comment accéder à un poste de ministre sans être élu par la majorité? D’autre part, ne serait-il pas objectif et cohérent que le sous-ministre de la Santé assure et assume le relais jusqu’à ce que Dr Bolduc soit élu au suffrage universel?
Troisièmement, la question du drapeau québécois aux Jeux de Pékin. Si le Québec est réellement une nation, pourquoi les athlètes québécois n’auraient-ils pas le droit de brandir leur fierté nationale aux JO? Cet empêchement démontre à quel point le mot nation attribué par le gouvernement conservateur est vide de sens et de contenu. Si M. Harper défend les intérêts, le droit et l’indépendance du Tibet, pourquoi ce n’est pas le cas pour le Québec et son drapeau? En votre qualité de premier ministre de cette nation québécoise, un geste officiel de votre part, M. Charest, auprès du CIO serait grandement apprécié. Je me demande pourquoi on n’a pas suggéré aux joueurs québécois – s’ils le désirent – et au premier ministre du Québec d’accrocher, à tout le moins, une épinglette portant le drapeau québécois sur la tenue officielle?
Et finalement, pourquoi nous n’avons pas encore eu d’écho de la fameuse Politique nationale de lutte contre le racisme et la discrimination? Une politique qui a été lancée avant les élections de 2007 et qui a coûté argent et temps aux contribuables. Le projet est-il mis au congélateur? Quand aurons-nous un regard sur le rapport et les résultats des consultations publiques? Est-ce raisonnable de ne pas donner suite à un programme gouvernemental qui a certainement apporté un gain électoral?
- Kamal El Batal