Lettre à Lise Thériault
Les hommes aînés sont outrés. Le projet novateur de service communautaire au masculin à Anjou s'est vu couper les vivres par le ministère des Aînés. Ce projet regroupait hebdomadairement depuis septembre 2008 des dizaines d'hommes. Ils se rencontraient autour d'ateliers de cuisine pratique, de travail du bois et de réparations mineures. Les hommes se réunissaient également pour des rencontres thématiques sur des sujets qui les touchent. Ces rencontres permettaient de briser l'isolement dont souffrent trop souvent, avec l'âge, les hommes retraités.
Pourquoi, quand le besoin est si évident et la solution si peu coûteuse, couper les vivres? Les bénévoles sont en place, le programme est lancé, pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Parce que le gouvernement croit que les hommes aînés n'en ont pas besoin…
Le rapport Rondeau, commandé par le gouvernement Charest et déposé en 2004, « retient l'importance d'adapter les approches, les services et les modes d'intervention aux besoins des hommes, et l'intérêt de développer le réseau communautaire ». Une étude de l'UQAM sur le suicide rappelle également que « les aînés qui semblent être plus à risque sont les personnes isolées et les veufs ».
Il ne faut pas oublier que les aînés sont appelés à réorganiser leur vie régulièrement: retraite, décès d'un conjoint, maladie dans le couple, perte d'autonomie, décès des proches, etc. Statistique Canada estime qu'en 2031, plus du quart de la population aura plus de 65 ans. Il faut donc tenter dès maintenant de développer des lieux d'intégration sociale, spécifiques à cette population. Les femmes de cette génération ont déjà organisé ces espaces et conservé des réseaux dynamiques. Les hommes avaient, pour plusieurs, concentré leurs contacts autour de leurs activités professionnelles. À la retraite, c'est le vide. Il faut favoriser la formation et le développement de ces lieux, et c'est ce que permet entre autres « Du cœur à l'action pour les aînés du Québec ».
(…) « Action communautaire au masculin » est l'embryon d'une intervention socialement nécessaire. Il ne faut pas la tuer dans l'œuf. Ce projet original a besoin d'aide pour survivre et se développer. Les hommes aînés ont besoin d'un coup de pouce, ils feront le reste. Le premier ministre a promis qu'il n'y aurait pas de coupes dans les services. Nous ne comprenons pas.
- Un groupe de participants